Issue de la classe ouvrière, LaToya Ruby Frazier naît en 1982 à Braddock, ville de la Rust Belt ravagée par la crise sidérurgique que connaît l’Amérique sous le gouvernement Reagan. Dans cet ancien bastion de l’aciérie, désormais gagné par le chômage, la pollution et l’insalubrité, l’artiste grandira au sein d’une famille afro-américaine dont elle raconte l’histoire à travers un réseau de portraits, d’autoportraits et de mises en abîme photographiques. Intitulée The Notion of Family, cette série entamée avec rigueur et empathie, dès 16 ans, lui permet de renouveler le documentaire social en critiquant la réalité « de l’intérieur ». 

Révoltée par la fermeture en 2010 du seul hôpital de Braddock et par l’utilisation ensuite de cette « ville fantôme » comme décor pour la campagne publicitaire d’une marque de jeans, LaToya Ruby Frazier se fait de plus en plus activiste et dénonce conjointement l’abandon cynique de sa ville par les pouvoirs publics et sa reconquête opportuniste à travers la gentrification de ses quartiers désertés. Aujourd’hui internationalement reconnue, l’artiste a été lauréate en 2015 du Mac Arthur Fellows Program. L’an dernier, sa résidence au MAC’s lui offre l’occasion de poursuivre au Borinage, à travers d’autres paysages industriels, récits ouvriers et souvenirs familiaux, son enquête critique sur la société postindustrielle. L’exposition qui débute au MAC’s présente la série Et des terrils un arbre s’élèvera, le résultat de cette résidence, qui sera mise en dialogue avec d’anciennes séries consacrées au déclin industriel de sa ville natale (Braddock, dans la région de la Rust Belt).